Visiter Merzouga autrement: 3 jours dans le Tafilalt, de Sijilmassa à l’Erg Chebbi
Il y a aujourd’hui un circuit bien rodé pour choisir sa prochaine destination.
D’abord, on tombe sur une image sur Instagram ou TikTok. Une dune, par exemple, ou une porte bleue, et on ne s’en souvient plus vraiment. Mais l’algorithme, lui, s’en souvient très bien! Il nous en renvoie une deuxième, puis une dixième, jusqu’à ce que l’idée germe et qu’on se dise: « il faut que j’y aille ».
Vient ensuite le réflexe du voyageur pressé pour qui le monde est à portée de clic: taper la destination dans une IA pour connaître le top 5 des choses à y faire, puis filer sur TripAdvisor, GetYourGuide ou Viator pour réserver une excursion d’une journée vers LA chose qu’on a vue passer sur les réseaux sociaux: les dunes de Merzouga, dans le cas du Tafilalt.
Sauf que le problème n’est pas d’aller voir les dunes de Merzouga. Elles valent largement le déplacement.
Le problème, c’est de se taper tout ce chemin pour n’aller voir qu’elles.

Parce que Merzouga se trouve dans une région beaucoup plus vaste que plusieurs connaissent peu: le Tafilalt, dans le sud-est marocain. Autour des dunes se trouvent aussi Rissani, les ruines de Sijilmassa, le mausolée de Moulay Ali Cherif, Khamlia, la vallée du Ziz et tout un désert de roche noire qu’on traverse – souvent trop vite – pour rejoindre l’Erg Chebbi.
Pour travailler auprès des voyageurs au quotidien, je peux affirmer que plusieurs commencent à être usés par cette vitesse et cette accessibilité de l’information, et qu’ils cherchent autre chose.
Quand un voyageur nous contacte chez Allo Destinations, la plupart du temps, il a le désir de s’attarder sur une destination. S’en imprégner. Rester assez longtemps dans un endroit pour que le lieu ait le temps de lui parler, plutôt que de repartir avec mille photos, zéro souvenir et des émotions mitigées.
C’est pour ce voyageur-là que j’écris cet article.
Et si je le dis avec autant d’aisance, c’est que j’ai eu ce comportement, moi aussi.
Pire encore, avec mon propre pays natal: le Maroc.
J’avais longtemps réduit Merzouga à une excursion dans le désert. Mais il a fallu qu’un tournage documentaire, dans lequel Allo Destinations était partenaire, m’oblige à séjourner quelques jours dans la région du Tafilalt pour que je découvre ce que je n’avais jamais pris le temps de voir.

Visiter le Tafilalt: ce qu’il y a autour de Merzouga
Le Tafilalt se trouve dans le sud-est du Maroc et regroupe notamment Rissani, Erfoud et Merzouga, aux portes de l’Erg Chebbi.
Si on arrive depuis Fès, la route traverse le Moyen Atlas et la forêt de cèdres, puis plonge vers la vallée du Ziz avant d’atteindre les paysages désertiques.
Pour voir autre chose que les dunes, il faut donner un peu de temps à la région.
Quelques jours permettent déjà de découvrir:
- Rissani;
- les vestiges de Sijilmassa;
- le mausolée de Moulay Ali Cherif;
- Khamlia;
- le lac Dayet Srji lorsqu’il est en eau;
- les paysages désertiques autour de Merzouga;
- Erfoud;
- et, bien sûr, les dunes de l’Erg Chebbi.
Mais surtout, ils permettent de ne pas transformer la visite de Merzouga et du Tafilalt en course.
Mon itinéraire de trois jours à Merzouga et dans le Tafilalt
Voici, en résumé, comment se sont déroulés mes trois jours dans la région du Tafilalt:
Jour 1 – De Fès à Merzouga, en traversant la forêt de cèdres d’Azrou et la vallée du Ziz. Arrivée aux abords de Merzouga au coucher du soleil et première nuit dans une kasbah au village.
Jour 2 – Rissani, les ruines de Sijilmassa, le mausolée de Moulay Ali Cherif, Khamlia et un arrêt au lac Dayet Srji lorsqu’il est en eau. Deuxième nuit à Merzouga.
Jour 3 – Retour à Khamlia, traversée des dunes de l’Erg Chebbi en 4×4, coucher du soleil et dernière nuit en bivouac dans le désert.

De Fès au Tafilalt, à travers la forêt de cèdres et la vallée du Ziz
Après des étapes à Rabat, à Tanger et à Chefchaouen, je quitte Fès au petit matin, avec l’équipe du tournage de ce documentaire.
La route grimpe vers Azrou et sa forêt de cèdres, où les singes magots attendent parfois des cacahuètes au bord de la route.
Après la fraîcheur de la cédraie, le paysage change radicalement: on quitte le vert des montagnes pour entrer dans la vallée du Ziz, où des kasbahs en terre s’alignent le long d’un filet d’eau qui serpente au fond de la vallée, entouré d’une oasis compacte de palmiers.
Vu d’en haut, aux points de vue qui ponctuent la route, on dirait une rivière de verdure qui aurait décidé de couler entre deux murs de roche escarpée.
C’est aussi pour ce genre de route que, chez Allo Destinations, on ne considère pas les journées de transport comme du temps perdu. Avec un chauffeur privé, on peut s’arrêter au gré des paysages. Pour voir un point de vue, prendre un café, marcher quelques minutes. Ou simplement s’arrêter parce que la lumière vient de changer.
Et justement, nous arrivons aux abords de Merzouga à la tombée du jour. Notre chauffeur privé arrête la voiture à une quinzaine de minutes du village, histoire de voir le soleil se cacher sous l’horizon.
C’est à cet endroit que j’allais être témoin d’un phénomène auquel je ne m’attendais pas: d’un côté du ciel, le soleil qui descendait doucement, orange et lourd, vers la ligne des dunes.
De l’autre côté, exactement en face, la pleine lune qui montait, blanche et déjà pleine de sa lumière.
Je reste là, bouche bée, à tourner la tête d’un horizon à l’autre, avec l’absurde impression de tenir la planète au bout de mes bras, un astre dans chaque main.
Le voyage démarrait sur un genre de coïncidence qu’on n’ose presque pas croire.

Khamlia, le village gnaoua près de Merzouga
On arrive à Merzouga vers 20 h, mais la route n’est pas terminée pour autant.
On dépose les réalisateurs du documentaire à la kasbah. Mais avec mon chauffeur, il faut encore pousser jusqu’au village de Khamlia pour finaliser les détails du tournage du lendemain.
On devait rencontrer Hamza Farka, vidéaste-photographe originaire du village et musicien gnaoua. Pour certaines images aériennes du tournage, nous avions dû travailler directement avec lui sur place pour faciliter la logistique.
Mais à Khamlia, Hamza n’est pas encore arrivé.
Je suis si fatiguée de cette longue journée de route que ça me décourage. Avec mon chauffeur privé, on prend un thé et je regarde cette même lune, de plus en plus intense, continuer de monter dans le ciel, dans le seul café du village et dans un silence presque total.
La nuit dans le désert est d’une noirceur bleutée, à la fois profonde, un peu effrayante et d’une cinglante beauté.


Je m’impatiente un peu, mais le thé finit par avoir raison de moi. Je décide donc de céder à cette attente interminable et pourtant délicieuse, qui durera presque deux heures de plus. Je marche au bord de la route, dans la noirceur éclairée par les reflets de la lune, jusqu’à ce qu’Hamza arrive enfin.
On discute, on négocie et on se donne rendez-vous le surlendemain, à 17 h, dans notre campement de tentes au milieu du désert.
Je passe cette première nuit dans une kasbah au village de Merzouga, fatiguée, mais curieuse de la journée qui m’attendait.


Rissani et les ruines de Sijilmassa, des siècles de routes caravanières
Le lendemain, direction Rissani, avec ses vieux marchés et ses ksour, ces quartiers fortifiés en pisé aux murs épais et aux ruelles couvertes. Cette ancienne méthode de construction reste typique de l’architecture de la région et de tout le sud marocain.
Si Rissani semble aujourd’hui avoir peu d’intérêt pour le touriste de passage, l’une de ses grandes valeurs patrimoniales vient du fait qu’elle s’est développée dans l’ombre d’une cité beaucoup plus ancienne: Sijilmassa.
Fondée sur les rives de l’oued Ziz par la tribu berbère des Miknasa, la ville n’était pas un simple hameau. Elle est rapidement devenue un centre majeur du commerce transsaharien, reliant le Maghreb à l’Afrique subsaharienne pendant plusieurs siècles. L’or, l’ivoire, le sel, les esclaves et bien d’autres marchandises empruntaient ces routes et transitaient par Sijilmassa, qui regorgeait de marchés et de caravansérails.
La ville a commencé à décliner à partir du 15e siècle, et une partie de ses habitants s’est repliée dans les villages fortifiés des environs, dont Rissani.
Ce qu’il en reste aujourd’hui, ce sont surtout des vestiges: un vaste terrain aux formes encore devinables, protégé pour les fouilles archéologiques. Mais le fait le plus marquant de cette visite extérieure, je ne l’apprends qu’un peu plus tard.
C’est précisément à Sijilmassa, en 1631, que les grandes familles de la ville voient leur influence menacée par la montée en puissance d’une confrérie rivale.
Pour y faire face, elles font appel à un homme du nom de Moulay Ali Cherif pour les diriger.
Et cette décision allait jouer un rôle déterminant dans la naissance de la dynastie alaouite, celle qui règne encore aujourd’hui sur le Maroc.


Le mausolée de Moulay Ali Cherif à Rissani
Après avoir vu les ruines de Sijilmassa, on se dirige vers le mausolée de Moulay Ali Cherif.
En arrivant, nous sommes précédés par la police locale, avertie de notre arrivée en vue de tourner sur place. Puis, c’est l’officiant et conservateur du mausolée qui nous accueille, charismatique et calme, pour une promenade dans les jardins intérieurs.
Il m’explique qui est cet homme dont la tombe attire encore aujourd’hui des pèlerins par milliers: Moulay Ali Cherif, né dans la région vers 1589.
Sa famille, descendante directe du prophète Mohammed, était arrivée d’Arabie plusieurs générations plus tôt pour venir s’installer au Tafilalt.
En 1631, alors que la dynastie saadienne s’effondre, les grandes familles de Sijilmassa se tournent donc vers Moulay Ali Cherif et lui demandent de les diriger. Il prend alors la tête du Tafilalt et devient la figure à l’origine de la dynastie alaouite.
Moulay Ali Cherif meurt à Sijilmassa en 1659, et le mausolée que nous visitons abrite sa tombe, mais aussi celles de deux de ses fils, Moulay M’Hammed et Moulay Youssef.
Mais l’officiant va ensuite plus loin que les dates et les filiations.
Il me parle de ce qui, selon lui, a toujours guidé les Alaouites, descendants de Moulay Ali Cherif: une spiritualité fondée sur l’attachement à sa terre, sur l’éducation et la cohésion sociale, qui imprègne la région tout entière.
Un état d’esprit qu’il relie au Tamghrabit, ou à la marocanité: une fière manière d’être, d’appartenir à cette terre et de vivre ensemble.
On finit par entrer dans le mausolée lui-même, jusqu’à la salle qui abrite les tombeaux, avant d’être invités à prendre un thé dans la maison de l’officiant et de prendre congé.



Khamlia, Dayet Srji et les paysages autour de Merzouga
Après cette visite, on se dirige vers le village de Khamlia.
On comptait prendre le temps de visiter l’une de ses communautés gnaoua, puis de manger une medfouna, une galette locale farcie de viande, d’oignons et d’épices.
Mais à l’arrivée, il y a trop de touristes.
L’endroit qui, la veille au soir, m’avait semblé si calme et silencieux, grouille maintenant de groupes et d’appareils photo. On fait donc le tour et je me dis que je reviendrai.
Après les étapes du mausolée de Moulay Ali Cherif et de Khamlia, on reprend donc la route en direction de la kasbah pour notre deuxième nuit.
Sur le chemin, on s’arrête au lac Dayet Srji, un endroit qui n’existe pas de la même manière toute l’année: il se remplit lors de périodes de pluies importantes et peut ensuite s’assécher.
Ce jour-là, il y a de l’eau et plein d’oiseaux: des flamants roses, en majorité, mais aussi des hérons et d’autres échassiers que je ne saurais pas nommer avec certitude.
Plus loin, des troupeaux de dromadaires se tiennent immobiles sous le soleil. Et sous nos pieds, un désert de cailloux, parsemé de fossiles qu’on trouve partout dans cette région: des trilobites, des ammonites, des orthocères, incrustés dans la roche noire. Les artisans d’Erfoud et de Rissani polissent cette roche dans leurs ateliers pour en faire des objets, des bijoux et même des meubles.


Pourquoi rester plusieurs jours à Merzouga
En cours de route pour rentrer à la kasbah, je suis en plein mode productivité. Ma tête jongle entre les courriels, l’horaire du lendemain, la logistique du tournage et ses microdétails. Et mon chauffeur privé arrête soudainement la voiture.
Il ne dit presque rien. Juste: «Respire. Retire tes chaussures. Et viens marcher sur le sable.»
Je descends, un peu prise au dépourvu. Je me déchausse et je marche pieds nus sur le sable, encore chaud en cette fin de journée. Il m’a fallu quelques minutes pour réaliser à quel point j’étais crispée et tendue: mon chauffeur privé marocain l’avait senti!
C’est exactement le genre de moment qu’une excursion d’une journée peut difficilement offrir, parce qu’il ne se planifie pas. Il faut juste être là, au bon endroit, avec quelqu’un qui sait reconnaître le moment où on en a besoin.
Et c’est probablement là que j’ai compris pourquoi je m’étais trompée en réduisant Merzouga à une nuit dans les dunes.
Le temps qu’on donne à une destination change ce qu’elle nous donne en retour.
C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles, chez Allo Destinations, nous avons bâti cette vision du voyage: des voyages au Maroc (et ailleurs) avec des chauffeurs privés et suffisamment de souplesse dans les journées.

Les Pigeons du Désert à Khamlia
Le lendemain, je laisse les réalisateurs sur place et je repars, seule avec mon chauffeur privé, en direction de Khamlia.
Cette fois, pas du côté de Dar Gnaoua Bambara, visité la veille. Je vais voir les Pigeons du Désert, de l’autre côté de la route, où des contacts m’avaient mise en lien avec un membre de la troupe.
Avisé de ma visite, un homme tout de blanc vêtu vient nous accueillir. J’entre avec mon chauffeur dans une petite pièce en pisé. Je m’assois face aux musiciens, aux côtés de quelques touristes, et la musique démarre.
Le gnaoua n’est pas une musique ou une danse au sens où on l’entend habituellement, et je l’explique plus en détail dans mon article consacré à la musique gnaoua. Cette musique a été développée par les communautés de descendants d’esclaves dans plusieurs régions du Maroc dont la vallée du Ziz.
Je me lève donc sans hésiter pour bouger avec les autres, portée par le rythme du guembri et des qraqebs.
Après un petit thé partagé avec eux, on repart en direction du mausolée de Moulay Ali Cherif.

La mosquée du mausolée, un vendredi dans le Tafilalt
La visite de la veille m’a laissé une impression de paix et de sérénité telle que j’ai voulu retourner au mausolée de Moulay Ali Cherif.
C’est vendredi, et plusieurs fidèles marocains se dirigent vers la mosquée du mausolée. Dans les pays musulmans, cinq moments de la journée sont consacrés à la prière, et les femmes prient généralement en se couvrant la tête.
Moi, je ne suis évidemment pas habillée pour ça. Je cours donc jusqu’au bazar d’en face pour m’acheter une melhefa, une tenue portée par de nombreuses femmes dans les régions sahariennes du Maroc. Le propriétaire, un nomade de la région, m’aide à l’enfiler, puis je me presse vers la mosquée pour ne pas rater le début de la prière du vendredi.
La Marocaine en moi avait simplement envie de revivre ce moment comme le vivent les gens d’ici, de l’intérieur plutôt que depuis le trottoir d’en face.
Au Maroc, les imams qui guident les prières sont des fonctionnaires, et leurs enseignements portent notamment sur des messages de paix, de coexistence et de vivre-ensemble. C’est un pays dont l’identité s’est construite au fil des siècles avec des populations, des cultures et des confessions différentes, musulmanes et juives notamment.
Ce vendredi-là, en écoutant le prêche dans la mosquée du mausolée, je comprenais mieux pourquoi cette prière m’avait fait autant de bien: c’était effectivement un moment de cohésion, pensé comme tel. Un moment où tout s’arrête, où on se déconnecte et où on se ressource auprès de sa communauté.
En sortant, le vendeur du bazar m’attend avec un couscous préparé par sa mère.
Je le déguste en sa compagnie, celle de mon chauffeur privé et des autres employés du bazar, avant de repartir rejoindre la kasbah.


Une traversée sauvage des dunes de Merzouga
En fin de journée, nous quittons la kasbah pour notre dernière étape: le bivouac, en plein cœur des dunes de l’Erg Chebbi.
Une quinzaine de tentes luxueuses sont montées sur des plateformes, disposées le long d’une allée centrale qui mène à un restaurant et à un cercle de feu entouré de coussins.
Le contraste est étrange, mais pas du tout désagréable: le confort d’un hôtel, greffé au silence du désert.
Chez Allo Destinations, nous travaillons avec cet hébergement depuis plus d’une décennie.
C’est une entreprise familiale, gérée par des frères et cousins originaires de Merzouga, qui détiennent ensemble une kasbah au village et plusieurs campements dans les dunes.
Ils emploient des femmes et des hommes de la région, et ce genre de relation compte énormément dans la manière dont nous construisons nos voyages.
Hamza Farka, notre photographe et vidéaste de Khamlia, vient nous récupérer au campement. Il nous embarque dans son 4×4 poussiéreux et on quitte le bivouac vers une destination qu’il ne précise pas vraiment.
Il est peu bavard et le trajet n’a rien d’une balade tranquille. Ça brasse, ça grimpe et ça redescend sur des pentes de sable de plus en plus abruptes.
Les dunes deviennent de plus en plus gigantesques à mesure qu’on avance. Au loin, on aperçoit quelques rares palmiers, puis des dromadaires qui broutent une herbe invisible à l’œil.
Après environ une heure passée à taquiner notre chauffeur en lui disant qu’on n’avait tout de même pas demandé d’aller en Mauritanie, on arrive enfin quelque part.
Un lieu immense, loin, où les dunes sont vierges de tout pas, sauf ceux de quelques scarabées.
Sans trop réfléchir, je laisse mon cellulaire dans le 4×4 et je pars marcher pieds nus jusqu’à une dune éloignée, où je m’assois pour regarder le soleil se coucher sur cette mer infinie de sable.
Les couleurs chaudes de fin de journée changent au fil des longues minutes de cette soirée printanière qui se rafraîchit tranquillement.
En regardant les courbes du désert, je cherche des yeux un serpent ou un scorpion. Mais rien ne bouge. Tout semble figé, à l’exception des scarabées et du sable qui glisse en silence sur les pentes.
Je suis là depuis un moment, seule, quand un bourdonnement m’en fait sortir. C’est le drone d’Hamza, qui s’approche et qui me filme d’en haut, seule dans l’immensité des dunes du Sahara marocain.


Bivouac à Merzouga, dernière soirée dans les dunes
De retour au campement, je rentre dans ma tente pour prendre une douche et me changer pour le souper.
Dans l’aridité du désert, l’eau est une denrée rare, et les équipes du campement ont installé de gros réservoirs pour alimenter les tentes. Ce n’est toutefois pas une raison pour m’attarder sous le jet!
J’enfile mon coton ouaté pour contrer la fraîcheur de la soirée, et je sors découvrir un peu mieux le lieu.
Le restaurant est géré par des membres de la famille élargie, et c’est de ce côté que je file. Je prétexte que je cherche un endroit où me laver les mains et j’entre dans les cuisines, à l’arrière.
L’ambiance y est celle d’une cuisine de famille un soir de fête: ça rit, les plats défilent, quelqu’un lave la vaisselle pendant qu’un autre prépare une commande de thé à la menthe.
Après nos tajines, les employés allument un énorme feu au centre du campement, sous un ciel couvert d’étoiles.
Des musiciens s’installent autour, percussions en main, et les invités ne tardent pas à se lever pour danser.



Lever de soleil sur les dunes de Merzouga
Le lendemain matin, le réveil est plutôt dur pour les invités qui ont veillé tard au bord du feu. Mais moi, je me suis levée avant l’aube pour voir le soleil monter derrière les dunes. Je suis rejointe par Youssef, l’un des employés du campement, qui m’apprend à préparer un authentique thé du Sahara.
Le jour se lève aussi sur le campement, et la vie y reprend tranquillement. Les cendres du feu, autour duquel les musiciens avaient joué jusque tard dans la nuit, sont encore fumantes. Et là où hier soir s’entassaient les invités, ce matin, ce sont des dromadaires qui les entourent, comme s’ils avaient patiemment attendu leur tour pour profiter, eux aussi, de cette tiédeur.
Valises faites, on prend un copieux petit-déjeuner: un gâteau maison encore tiède, coupé en tranches généreuses; des galettes msemmen nappées de miel et de beurre fondant; des œufs. Et, bien sûr, du thé à la menthe, versé haut pour former cette mousse qui signe une bonne recette.
On se prépare ensuite à embarquer dans un autre 4×4 pour retourner à la kasbah, où nous devons retrouver notre chauffeur à 9 h, garé à l’ombre en attendant notre arrivée.

Combien de jours prévoir à Merzouga et dans le Tafilalt?
Si vous faites toute la route pour arriver à Merzouga en fin de journée, dormir dans les dunes, voir le lever du soleil puis repartir, vous aurez vu l’Erg Chebbi. Et c’est déjà très bien. Mais vous aurez vu très peu du Tafilalt.
Et peu importe d’où vous arrivez: par la route depuis Fès, Marrakech ou le sud marocain, ou en prenant un vol jusqu’à Errachidia, quelques jours sur place permettent de bien explorer la région et de s’y poser.
Autour de Merzouga, on peut bien sûr visiter Rissani et ses ksour, les ruines de Sijilmassa, le mausolée de Moulay Ali Cherif, Khamlia et ses groupes gnaoua, s’arrêter au lac Dayet Srji lorsqu’il est en eau, parcourir les pistes autour de l’Erg Chebbi, découvrir les fossiles pour lesquels la région est connue ou passer davantage de temps dans le désert à jouer dans les dunes. Il est aussi possible d’aller à la rencontre de familles nomades dans le désert ou d’organiser une excursion photo dans les dunes.
Ma recommandation est vraiment de rester au minimum deux nuits dans la région, et l’idéal serait trois à quatre jours. Dormir plusieurs nuits sur place permet aussi de profiter de la quiétude lorsque les visiteurs d’un jour sont repartis.
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Pourquoi visiter Merzouga avec un chauffeur privé?
Merzouga se trouve loin des grandes villes marocaines, et la route pour rejoindre le Tafilalt fait déjà partie du voyage. Avec un chauffeur privé francophone, on peut s’arrêter dans la forêt de cèdres, devant la vallée du Ziz, dans un village ou simplement au bord de la route, sans avoir à se soucier de la conduite.
Quand vous voyagez avec un chauffeur privé francophone de notre équipe, il vous prend en charge dès votre arrivée à l’aéroport et vous accompagne d’un hébergement à l’autre pendant votre circuit au Maroc. Il ne s’agit donc pas simplement d’un transfert jusqu’à Merzouga, mais d’une présence continue pendant votre voyage.
Chez Allo Destinations, nous travaillons depuis plus de quinze ans avec une équipe de chauffeurs privés francophones au Maroc. Ce sont des professionnels du transport touristique, autorisés et encadrés par les ministères du Transport et du Tourisme.
- Permis officiels: nos chauffeurs détiennent une carte professionnelle délivrée par le ministère des Transports après avoir suivi une formation, réussi des examens théoriques et pratiques et passé des examens médicaux réguliers.
- Véhicules touristiques certifiés: les véhicules conduits par nos chauffeurs sont âgés de moins de dix ans et soumis à une visite technique obligatoire tous les six mois.
- Sécurité et identification: les véhicules touristiques sont identifiés par un collant ou un badge officiel et doivent être équipés d’un extincteur, d’une trousse de premiers soins, d’un gilet réfléchissant et d’un triangle de sécurité. Ils disposent également d’un limiteur de vitesse et d’un tachygraphe qui enregistre les trajets, les vitesses et les temps de conduite.
- Connaissance du terrain: nos chauffeurs connaissent les routes, les arrêts intéressants, les bons restaurants et les endroits où trouver des toilettes propres. Ils s’échangent aussi des informations sur les routes coupées, travaux et conditions de circulation. Dans une région aussi éloignée que le Tafilalt, cette connaissance change réellement la façon de voyager.

Est-ce que ça vaut la peine de dormir dans le désert?
Définitivement! On va vraiment jusque-là pour vivre cette expérience qui, quoi que j’en dise, reste magique et transformatrice. Le désert est beau de jour, de soir et de nuit. Les levers et les couchers de soleil sont absolument magnifiques. Et les gens de la région sont vraiment accueillants, doux, gentils et généreux, toujours fiers de vous montrer leur région.
Ma recommandation principale, toutefois, est de bien choisir son campement dans le désert du Maroc.
Il y en a de très gros, où des dizaines de tentes sont cordées les unes à côté des autres, sans vraiment d’intimité, et où on entend le bruit de tout le campement. Je privilégie de loin les hébergements plus éloignés, plus petits et plus intimes.
Ensuite, bivouac standard ou deluxe?
Ça dépend vraiment du niveau de confort et d’intimité que vous voulez avoir dans le désert. Je dirais facilement que 90 % de nos clients préfèrent les campements deluxe dans le désert de Merzouga. On est alors dans une formule de type glamping: les tentes sont confortables, montées sur des plateformes en béton et disposent de salles de bain privées.
Les campements standards sont beaucoup plus simples. Les tentes sont plus petites, les lits sont déposés sur des tapis directement installés sur le sol, donc sur le sable, et les sanitaires sont communs, avec des salles de bain partagées.
Je parle de cette question plus en détails dans mon article ici.

Un voyage au Maroc qui laisse un peu de place au voyage
Ça y est: mon séjour dans le désert marocain et dans le Tafilalt est officiellement terminé. La nostalgie s’installe dès qu’on referme la portière du véhicule, et je quitte cet endroit où j’aurais facilement pu rester une semaine de plus.
On s’engage sur la route pour la suite de ce voyage, et je jette un regard furtif derrière moi. Les dunes de Merzouga se dressent là, indifférentes à mon départ, sous le même soleil qui, trois jours plus tôt, se couchait pendant qu’une pleine lune montait en face. Comme si la planète tenait tout entière entre mes mains.


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